Morning Chronicle - Léon XIV en messager de paix dans le nord anglophone du Cameroun

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Léon XIV en messager de paix dans le nord anglophone du Cameroun

Léon XIV en messager de paix dans le nord anglophone du Cameroun

Au deuxième jour de sa visite au Cameroun, le pape Léon XIV va délivrer jeudi un message de paix à Bamenda, épicentre des violences dans la zone anglophone qui ont fait des milliers de morts en près d'une décennie, étape la plus symbolique de son voyage.

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La veille, devant les autorités du pays multiconfessionnel, au premier rang desquelles son président Paul Biya qui le dirige d'une main de fer depuis 1982, le pape a délivré un discours d'une rare fermeté, appelant à "briser les chaînes de la corruption", au respect des droits de l'homme et de l'Etat de droit.

Accueilli dans une ambiance survoltée dans la capitale Yaoundé, Léon XIV a béni les milliers de fidèles massés le long des routes de l'aéroport qui l'ont acclamé avec des percussions, agitant des drapeaux du pays et du Vatican sous un soleil de plomb.

A Bamenda, il prononcera jeudi en fin de matinée un discours à la cathédrale Saint-Joseph puis célèbrera une messe à l’aéroport à 15H15 (14H15 GMT).

Lors de son discours mercredi, le pape a déjà appelé à "rejeter la logique de la violence et de la guerre" face aux "situations dramatiques" dans cette région.

"Nous croyons que sa venue ici, en particulier pour les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, apportera la paix", a déclaré mercredi à l'AFP Juliette Lum, habitante de Bamenda qui se rendra à la messe.

A la suite de manifestations pacifiques violemment réprimées est né en 2017 un conflit opposant des indépendantistes, qui ont proclamé la "République d'Ambazonie", au gouvernement de Yaoundé.

Pris en étau, les civils sont devenus la cible d'extorsions, de violences, d'enlèvements contre rançon et d'assassinats. Au moins 6.000 d'entre eux sont morts depuis 2016, selon l'ONU.

Lundi, des groupes séparatistes ont annoncé une trêve de trois jours dans les deux régions anglophones, où vit près de 20% de la population, pour permettre d'accueillir le pape en toute sécurité.

Les séparatistes aussi espèrent beaucoup de cette visite. Le groupe Unity Warriors of Ambazonia a expliqué à l'AFP attendre du pape qu'il presse le gouvernement de relancer des négociations "où les racines du conflit pourraient être discutées".

"Je ne peux pas dire que sa visite va forcément changer les choses sur la crise, mais nous espérons qu’elle aura au moins une influence positive", commente Lobga Wesley, étudiant de 22 ans.

L’aéroport de Bamenda, fermé depuis 2019 en raison du conflit, a été entièrement rénové et modernisé pour l’occasion et restera ouvert après la visite du pape.

- Dialogue -

"C’est la première fois depuis le début du conflit que tout le monde parle le même langage: tout le monde souhaite la bienvenue au Saint-Père", a déclaré Andrew Fuanya Nkea, archevêque de Bamenda et président de la Conférence épiscopale du Cameroun.

Dans ce pays d’Afrique centrale dont environ 37% des quelque 30 millions d'habitants sont catholiques, l'Église joue un rôle de médiation et gère un vaste réseau d'hôpitaux, écoles et œuvres caritatives - un levier d’influence que le Saint Siège souhaite consolider.

"Nous avons parlé aux deux parties, et nous pensons qu'il est maintenant le temps pour eux d'agir et d'avoir ce dialogue", a déclaré l’archevêque, réputé proche de Léon XIV.

Mais avant de parler de paix ou de réconciliation, "il faut résoudre les causes de ce conflit: la décolonisation inachevée du Cameroun occidental, la marginalisation, l'éradication identitaire et la tentative d'assimilation", a estimé Joseph Awah Fru, avocat de dix leaders séparatistes emprisonnés à Yaoundé depuis 2019.

En raison des violences liées à ce conflit, plus de 330.000 personnes étaient déplacées à l'intérieur du Cameroun en 2025 et plus de 100.000 autres se sont réfugiées au Nigeria voisin, selon l'ONU.

Après Bamenda, le pape se rendra vendredi dans la capitale économique, Douala.

Avant le Cameroun, le pape américain a effectué une visite historique en Algérie, en partie éclipsée par un double attentat suicide à une quarantaine de kilomètres d'Alger et une diatribe de Donald Trump à son encontre, qui l'a notamment accusé d'être "nul en politique étrangère".

Le chef des 1,4 milliard de catholiques poursuivra ce périple africain de 18.000 km à la cadence effrénée en Angola et en Guinée équatoriale jusqu'au 23 avril.

A.Edwards--MC-UK