Morning Chronicle - Après un rapport sur la contraception forcée des Inuites, le Groenland veut une commission de réconciliation

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Après un rapport sur la contraception forcée des Inuites, le Groenland veut une commission de réconciliation

Après un rapport sur la contraception forcée des Inuites, le Groenland veut une commission de réconciliation

Le Groenland veut mettre en place une commission de réconciliation à la suite de la présentation vendredi des conclusions d'experts sur la campagne de contraception forcée d'Inuites menée par le Danemark qui n'ont pas permis de déterminer si cette politique pouvait être qualifiée de "génocide".

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"Nous ne pouvons pas dire, au nom du Naalakkersuisut (le gouvernement groenlandais), s'il y a eu génocide. C'est quelque chose dont nous pouvons continuer à débattre", a déclaré au cours d'une conférence de presse la ministre de la Justice Marianne Paviasen.

Pour Jens-Frederik Nielsen, le chef du gouvernement groenlandais, il s'agit désormais d'"ouvrir un processus de guérison".

"Nous allons mettre en place une commission de réconciliation", a-t-il ajouté, souhaitant coopérer avec Copenhague sur le sujet.

La Première ministre danoise Mette Frederiksen a salué cette initiative.

"Une commission de réconciliation nous donne la possibilité de revenir sur les zones d'ombre de notre histoire commune, d'adopter un regard critique sur elles et de reconnaître la souffrance qu'elles ont pu provoquer", a-t-elle écrit dans un communiqué.

La commission d'experts chargée de déterminer les implications juridiques de cette contraception forcée n'a pas présenté de conclusions unanimes.

Ses membres se sont toutefois accordés sur le fait que cette campagne pouvait avoir été constitutive de plusieurs violations des droits humains et des droits des peuples autochtones. Ils ont présenté deux rapports, avec près de six mois de retard sur le calendrier initial.

"Les deux rapports sont tellement différents que l'un affirme qu'il n'y a pas du tout eu de génocide, tandis que l'autre dit qu'il aurait pu y en avoir" eu un, a dit Mme Paviasen.

Entre les années 1960 et 1990, plus de 4.000 Groenlandaises se sont vu poser un stérilet, en grande majorité sans leur consentement ou celui de leurs parents si elles étaient mineures.

- "Pas seulement de l'Histoire" -

Pour Henriette Berthelsen, l'une des victimes, leurs conclusions sont de toute façon biaisées par l'absence d'Inuits groenlandais parmi les experts.

"Pour moi, ce n'est pas seulement de l'Histoire ou de la politique, c'est mon corps, ma vie et mon droit à l'autodétermination. Et, une fois de plus, je constate que ce sont d'autres qui vont enquêter et définir ce qui m'a été fait et a été fait à d'autres femmes inuites", déplorait-elle auprès de l'AFP avec la présentation.

Baptisée au Groenland l'affaire "anticonception", la campagne a notamment touché des adolescentes de 12 ans dont certaines n'ont ensuite jamais pu avoir d'enfants.

A l'heure où l'immense île arctique est convoitée par les Etats-Unis, Nuuk et Copenhague soignent leurs liens tout en faisant la lumière sur plusieurs épisodes du passé : enfants adoptés sans consentement de la part des parents ou arrachés à leurs familles, contraception forcée.

Le Parlement danois a donné jeudi son feu vert à l'indemnisation des victimes de ces contraception forcées, conformément à ce que souhaitait la Première ministre.

L'année dernière, Mme Frederiksen avait officiellement présenté les excuses du Danemark.

- "Dépasse l'imagination" -

Mais la médiatisation de l'affaire a ravivé des traumatismes enfouis depuis des décennies.

"J'ai réalisé tout ce que cela m'avait coûté, toutes ces hospitalisations, ces opérations, ces formations perdues et, surtout, ces douleurs que je n'avais jamais associées à ce fichu stérilet", confie Kirstine Najârak Berthelsen.

"Il était si bien enfoui dans mon subconscient. (...) Tout ce qui est arrivé aux autres dépasse l'imagination, si on ne l'a pas vécu soi-même", ajoute-t-elle.

Fin 1970, une Groenlandaise sur deux en âge de procréer, soit au moins 4.070 femmes, avait reçu un stérilet, selon une enquête présentée en septembre 2025.

C'est la prise de parole d'une victime puis une série de podcasts en 2022 qui ont révélé au grand public l'existence de cette campagne de contraception.

R.Gibson--MC-UK