Morning Chronicle - Feu vert à un projet contesté de mégaferme terrestre à saumons

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Feu vert à un projet contesté de mégaferme terrestre à saumons
Feu vert à un projet contesté de mégaferme terrestre à saumons / Photo: Philippe LOPEZ - AFP/Archives

Feu vert à un projet contesté de mégaferme terrestre à saumons

L'implantation d'une mégaferme à saumons en Gironde, d'une ampleur inédite en France avec jusqu'à 10.000 tonnes produites par an, a été autorisée par l'État "dans un cadre environnemental strict", alors que des habitants, des ONG et des parlementaires s'opposent au projet.

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Ce projet de 280 millions d'euros porté par la société Pure Salmon, financée par un fonds d'investissement singapourien, "présente un grand intérêt économique et industriel pour le territoire", a justifié mardi la préfète de la Gironde, Sophie Brocas.

Il "répond à plusieurs enjeux d'intérêt général: la reconversion d'une friche industrialo-portuaire à la pointe du Médoc, la création de 250 emplois directs et la production sur le territoire national du poisson le plus consommé par les Français, et actuellement importé à 99%", a détaillé la représentante de l'État.

Alors que l'aquaculture marine française ne représentait en 2024 que 5.807 tonnes de poissons, toutes espèces confondues, d'après l'Ifremer, le projet girondin vise 10.000 tonnes de saumon par an, ce qui en fait le plus important au sein de l'Union européenne, selon Pure Salmon. Mais des productions atteignent 12.000 t/an en Norvège, précise l'entreprise.

Cette usine d'élevage de saumons à terre, en circuit fermé, doit être construite sur 14 hectares au Verdon-sur-Mer, au bout de l'estuaire de la Gironde, à partir de 2027.

L'autorisation environnementale "est assortie de prescriptions environnementales particulièrement exigeantes qui encadreront aussi bien la phase de travaux que l'exploitation de l'installation" et feront l'objet d'un "contrôle permanent", affirme la préfecture.

Elle cite notamment "la protection des ressources en eau et des milieux aquatiques", "la qualité des rejets aqueux dans le milieu naturel", "la préservation de la biodiversité et des espèces protégées" ou encore "la gestion des odeurs et limitation des émissions lumineuses".

- "Changement d'échelle" -

La technologie utilisée est basée sur un système de recirculation d'eau, "RAS". Elle est "adoptée par de plus en plus de pays producteurs de poissons et reconnue comme étant la plus vertueuse quant aux volumes d'eaux nécessaires au fonctionnement de ce type d'installation", assure la préfecture.

Mais si les principes de l'aquaculture en recirculation "sont aujourd'hui bien établis", des projets de cette taille constituent "un changement d'échelle" avec encore peu de "références opérationnelles" dans le monde, pointait l'Ifremer dans une note publiée en mars.

Jugeant les risques environnementaux trop importants, plusieurs centaines d'opposants avaient manifesté en janvier sur le lieu d'implantation, à la veille de la clôture de l'enquête publique qui a enregistré plus de 20.000 contributions, défavorables dans leur quasi-totalité.

Mais la commission d'enquête publique avait rendu un avis favorable en mars, comme le Conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques (Coderst) il y a un mois.

- Oppositions -

Une proposition de loi soutenue par une centaine de députés, déposée en 2025 mais qui n'a pas été examinée depuis à l'Assemblée nationale, réclame un moratoire de dix ans sur ces fermes-usines de saumons.

Dans un Appel pour l'océan, 27 ONG ont aussi dénoncé un projet "complètement démesuré" qui menacerait l'écosystème du plus grand et plus sauvage estuaire d'Europe, avec des rejets de boues au détriment de la pêche et de la conchyliculture.

Durant l'enquête publique, la commission locale de l'eau, le BRGM et le conseil scientifique de l'estuaire, opposés au projet, avaient pointé un déficit d'information derrière les "affirmations rassurantes".

La société Pure Salmon assure que sa "technologie éprouvée" garantit "un impact maîtrisé sur la biodiversité", que "le bien-être animal est au cœur du projet" et que son approvisionnement obéit à des "normes strictes", assurant aux saumons une alimentation "responsable et traçable".

Le projet divisait également au sein du gouvernement. La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, s'y était opposée "à titre personnel" lors d'une audition au Sénat en avril. "Il n'y a aucune raison qu'il ne se fasse pas", avait répondu son collègue de l'Industrie, Sébastien Martin, lors d'un déplacement en juin en Gironde.

À Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), un projet similaire de la société suisse Local Ocean est autorisé depuis 2024 mais se heurte à des recours administratifs, tandis que le Norvégien Smart Salmon a renoncé à s'implanter près de Guingamp (Côtes-d'Armor) face à la fronde locale.

P.J.Cole--MC-UK