Lyhanna: l'inspection pointe de nombreux dysfonctionnements, Lecornu promet de ne pas se "défausser"
"L'urgence n'a pas été prise en compte": les rapporteurs de la mission d'inspection déclenchée par la mort de la jeune Lyhanna ont pointé lundi une série de dysfonctionnements des enquêteurs, Sébastien Lecornu promettant de ne pas se "défausser" face à "une vérité d'une extrême gravité".
Rédigé par l'inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN) et celle de la justice (IGJ), le rapport très attendu dans cette affaire qui a suscité un émoi national a été remis au Premier ministre puis publié "anonymisé".
Il évoque "un cumul de pertes de temps et une absence de suivi de procédure, tant de la part du parquet que de la gendarmerie à l'arrivée de la procédure au parquet d'Auch", a déclaré le chef de l'IGJ Stéphane Nöel devant la presse à Matignon.
Jérôme Barella, principal suspect dans le viol et la mort de Lyhanna, 11 ans, disparue le 29 mai dans le Gers, n'avait jamais été inquiété jusque-là alors qu'il était notamment visé par une plainte déposée en août par la mère de Rosa, une enfant de 10 ans qui l'accuse de l'avoir violée "une cinquantaine de fois", d'après le rapport.
Cette plainte n'a "pas été traitée comme une procédure prioritaire": "Le caractère sensible de la procédure n'a pas été relayé, la procédure n'a pas été orientée vers le bon service de gendarmerie", a détaillé Stéphane Nöel.
Il souligne aussi "une absence de prise en compte suffisante de l'urgence" au regard du profil de Jérôme Barella, qui faisait déjà l'objet de plusieurs plaintes pour agressions sexuelles et viols sur des enfants.
- Possibles sanctions -
Sur X, M. Lecornu a estimé que la mission avait "établit une vérité d'une extrême gravité", à savoir que "la chaîne de protection a failli", en raison d'une "succession d'erreurs, de négligences, d'inactions et de mauvaises décisions".
"La puissance publique ne se défaussera pas", elle doit "établir précisément les responsabilités et en tirer toutes les conséquences, y compris individuelles", a-t-il ajouté, laissant planer à nouveau la menace de sanctions, tout en assurant ne pas vouloir "jeter l’opprobre" sur la gendarmerie et la justice "dans leur ensemble".
Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, s'était attiré les foudres de nombre de magistrats pour avoir pointé des dysfonctionnements individuels dès les premières heures, sans attendre les conclusions de la mission d'inspection.
Fragilisé par cette affaire qui a entraîné des appels à sa démission de LFI au RN en passant par le PS, le garde des Sceaux répète ne pas porter de responsabilité politique, affirmant qu'au contraire, ses directives de donner la priorité au traitement des dossiers d'atteintes aux personnes - notamment la pédocriminalité - n'ont pas été pleinement appliquées. Les syndicats de magistrats pointent, eux, une avalanche de priorités et un manque criant de moyens.
Le gouvernement veut montrer que les premiers enseignements de cette affaire ont été tirés: le réexamen en urgence des 70.000 dossiers de plaintes touchant des enfants, avec le 14 juillet comme date butoir, a déjà abouti au placement de 134 personnes en détention provisoire pour violences sexuelles.
La mort de Lyhanna continue de nourrir une série de mobilisations pour réclamer une meilleure protection des victimes de violences sexuelles et sexistes. De nouveaux rassemblements sont prévus lundi devant plusieurs tribunaux.
La colère des familles n'est pas non plus retombée. L'une d'entre elles va déposer plainte contre l'Etat pour "faute lourde" et saisir la Cour de Justice de la République contre M. Darmanin.
- "Situation intenable" -
Et, à un an de la présidentielle, les responsables politiques y vont de leurs propositions. De la castration chimique obligatoire pour Bruno Retailleau (LR) à de nouveaux crédits pour la justice à gauche.
"Si on en reste à des réponses individuelles, en désignant un ou deux boucs émissaires sans prendre à bras le corps ce fléau (...) on sera passé absolument à côté du sujet", a estimé dimanche le coordinateur de LFI Manuel Bompard.
Il y a "peut-être" des responsabilités individuelles, mais les métiers de la justice sont "dans une situation intenable", a commenté la patronne des Ecologistes Marine Tondelier, Sébastien Chenu (RN) déplorant, lui, que "Gérald Darmanin soit toujours en place".
L'exécutif est sous pression pour qu'un texte vienne répondre à l'urgence: une loi dite "intégrale" de 78 articles portée par une centaine de députés de la gauche et de la coalition gouvernementale.
Lundi, M. Lecornu a redit vouloir en priorité renforcer le projet de loi sur la protection de l'enfance "lors d'un tout prochain conseil des ministres".
bur-are-sde-fff/tes
N.Bobellon--MC-UK