Morning Chronicle - Face aux bouleversements écologiques, un géographe plaide pour déconcentrer les villes

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Face aux bouleversements écologiques, un géographe plaide pour déconcentrer les villes
Face aux bouleversements écologiques, un géographe plaide pour déconcentrer les villes / Photo: Ed JONES - AFP/Archives

Face aux bouleversements écologiques, un géographe plaide pour déconcentrer les villes

L'accélération des crises écologiques et la raréfaction annoncée des ressources imposent de repenser l'habitabilité des métropoles, estime le géographe Guillaume Faburel, qui défend une "démétropolisation" passant par un rééquilibrage démographique au profit d'espaces plus ruraux.

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Dans l'ouvrage "Où habiter ?" (Tana Editions), à paraître jeudi, le professeur d'études urbaines à l'université Lyon 2 s'interroge sur les territoires susceptibles d'offrir les meilleures conditions de vie en 2050, après un été marqué par l'enchaînement de canicules et d'incendies.

"C'est un ouvrage plus resserré, illustré, pédagogique, et qui rend pratiques des idées énoncées précédemment sous forme d'essais scientifiques", explique M. Faburel dans un entretien à l'AFP.

L'auteur part d'un constat : les extrêmes météorologiques se multiplient sous l'effet du réchauffement climatique, dont l'homme est le premier responsable.

L'universitaire met en cause la "manière d'habiter la Terre" et plus particulièrement la "métropolisation", c'est-à-dire la concentration des populations et des richesses dans les grandes villes depuis 50 ans.

Les villes regroupent aujourd'hui plus de la moitié de la population mondiale. Elles sont fortement consommatrices d'énergie et de matières premières, et constituent d'importantes émettrices de gaz à effet de serre.

Dans une critique plus large du modèle capitaliste, Guillaume Faburel souligne que les modes de vie urbains alimentent un "surcroît de consommation" à travers des mécanismes d'"effet rebond", les gains d'efficacité étant souvent annulés par de nouveaux usages.

Mais les villes "sont elles-mêmes très vulnérables aux crises climatiques, sociales, alimentaires et sanitaires, et leurs habitants dépendent largement de ressources produites ailleurs", ajoute-t-il.

L'autonomie énergétique moyenne des métropoles françaises serait ainsi de six heures en cas de panne électrique majeure, l'autonomie alimentaire étant elle limitée à trois jours.

Or les "ruptures d'approvisionnement vont se multiplier" sous l'effet des contraintes climatiques et énergétiques, et affecteront "l'acheminement des biens vers les grandes villes", prévient l'auteur.

Face aux chocs à venir, le géographe juge que "tous les territoires ne sont pas égaux". Il souligne notamment la vulnérabilité des grandes villes aux îlots de chaleur urbains, qui amplifient les épisodes caniculaires.

-"Déménagement"-

"Entre une métropole de 600.000 habitants et une zone rurale située à 50 kilomètres, l'écart de température peut monter jusqu'à 12 degrés en période caniculaire", assure-t-il.

Sans idéaliser les campagnes, également exposées au dérèglement climatique, il estime qu'elles possèdent de meilleures capacités d'adaptation et d'atténuation.

"Les ruralités sont des territoires servants façonnés au service des besoins urbains. Ce sont elles qui produisent l'alimentation et l'énergie dont dépendent les métropoles", explique-t-il.

Or l'écologie est en train de rebattre les cartes. "Aujourd'hui le moindre légume sur un étal parisien parcourt plusieurs centaines de kilomètres avant d'être consommé. Dans trente ans, ce modèle ne sera plus tenable", affirme-t-il, en plaidant pour un rapprochement des lieux de vie et de production, et pour des modes de vie "plus sobres".

A contre-courant des politiques d'aménagement conduites depuis plusieurs décennies, il défend l'idée d'une "démétropolisation" progressive et réhabilite en le retravaillant le concept de "déménagement du territoire", né dans les années 1970.

"Il faut rééquilibrer géographiquement nos peuplements qui sont trop déséquilibrés au profit des villes", juge-t-il.

Avec d'autres chercheurs du "Mouvement post-urbain", sept espaces particulièrement résilients ont été identifiés: certaines collines du Centre-Bretagne, du Poitou et de Normandie, ainsi que certaines zones du Massif central, du Morvan, des Pyrénées, des Préalpes et des Alpes.

"Cette sélection repose sur trente critères liés aux variations des extrêmes climatiques, à l'accès à l'eau, aux pratiques agricoles soutenant la biodiversité, à la densité du couvert forestier, ainsi qu'à la capacité des territoires à faire face à la diminution des ressources", énumère-t-il.

Selon les chercheurs, ces espaces regroupent près de quatre millions d'habitants et pourraient doubler leur population d'ici 2050 sans dégrader leur équilibre écologique.

Pour Guillaume Faburel, le mouvement est déjà amorcé, en particulier depuis la crise du Covid, mais suppose à terme une profonde transformation des modes de production.

"Le déménagement prôné ne se fait pas à l'identique des modes de vie actuels. Il faudra relocaliser une partie des activités. On estime à dix millions le nombre d'actifs ruraux qu'il va falloir remettre sur le marché autour du paysannat, de l'artisanat, du soin, de l'éducation", souligne l'universitaire, pour qui "nous allons devoir apprendre à vivre mieux avec moins".

I.K.Holmes--MC-UK