Au G20 Energie, les Etats-Unis cherchent à vanter leur puissance et faire oublier la guerre en Iran
A la réunion des ministres de l'Energie du G20 qu'ils organisent au Texas, les Etats-Unis martèlent le message de leur puissance énergétique, quitte à mettre de côté les conséquences de la guerre en Iran et les inquiétudes environnementales.
"Libérer le plein potentiel énergétique" du pays: le mot d'ordre est répété inlassablement à Houston depuis lundi par les responsables américains.
Ils assurent qu'il s'agit d'un renversement de la politique menée par le prédécesseur de Donald Trump, le démocrate Joe Biden, accusé d'avoir cédé à "l'alarmisme climatique" en promouvant les énergies renouvelables.
"L'idée est de produire suffisamment d'énergie pour assurer la prospérité de notre pays, tout en étant en mesure de fournir une énergie sûre, abordable et fiable à tous nos alliés", a décrit mardi le ministre Doug Burgum.
Affirmant répondre à la demande croissante en électricité, portée par les besoins de l'intelligence artificielle (IA), l'Agence de protection de l'environnement (EPA) a annoncé lundi la fin d'une partie des plafonds d'émissions polluantes des centrales à gaz et charbon.
La décision a fait bondir les associations de défense de l'environnement.
- "De l'Alaska à l'Argentine" -
A son retour à la Maison Blanche en 2025, Donald Trump a promis de renforcer la domination américaine -premier producteur et consommateur d'or noir au monde- en appelant à "forer à tout va."
Les appels se sont faits plus pressants avec la guerre qu'il a lancée en février en Iran.
A Houston, où se côtoient les ministres des plus grandes économies (Chine, Inde, Japon, Allemagne...) et des puissances pétrolières (Arabie saoudite, Qatar, Canada), les prises de parole publiques sur le conflit se sont faites rares, y compris du côté américain.
"Le président Trump souhaite que le monde entier ne soit pas contraint de se concentrer sur une région", le Moyen-Orient, "en proie à un cycle de perturbations lié aux goulets d'étranglement géographiques", a toutefois déclaré M. Burgum.
Le verrouillage du détroit d'Ormuz par l'Iran a fait flamber les prix du pétrole, et les acteurs du secteur s'inquiètent désormais aussi de l'emprise des Houthis pro-iraniens sur le détroit de Bab el-Mandeb, une autre voie maritime cruciale.
John Kilduff, analyste pétrolier d'Again Capital interrogé par l'AFP, évoque un "choc majeur d'approvisionnement" qui montre bien l'importance de la région.
Un monde sans le Moyen-Orient quand on parle de pétrole, "c'est comme un groupe sans batteur: tous les musiciens sont nécessaires pour que la musique puisse être jouée", explique-t-il.
La Maison Blanche pousse de son côté pour un changement de partition, appelant le continent américain, "de l'Alaska à l'Argentine", à devenir "le centre névralgique" de l'énergie.
- "Energie la moins chère" -
Elle compte pour se faire sur un atout de taille: le Venezuela.
Depuis la capture du président déchu Nicolas Maduro, le pays est devenu un allié de Washington, qui compte bien profiter de ses immenses sous-sols.
Une délégation vénézuélienne a été invitée à Houston. La ministre des hydrocarbures et des membres de la compagnie pétrolière publique PDVSA ont répondu à l'appel, a constaté l'AFP.
Après l'accord de cet été portant sur le contrôle par les Etats-Unis d'environ un cinquième des réserves d'or noir vénézuéliennes, le gouvernement américain a dit anticiper d'autres partenariats.
Mais face à la crise au Moyen-Orient, "le Venezuela n'est pas une solution à court terme, même si cela devrait permettre d'augmenter la production à plus long terme", selon Kenneth Medlock, chercheur à la Rice University de Houston.
Les infrastructures du pays souffrent en effet de décennies de sous-investissement.
Pour l'expert, le G20 "ne peut pas faire grand-chose pour rééquilibrer l'offre et la demande, si ce n'est déployer des efforts diplomatiques pour résoudre les conflits au Moyen-Orient et entre la Russie et l'Ukraine".
Inquiet quant à l'explosion des prix à la pompe, qui pourrait lui coûter une lourde défaite électorale lors des élections législatives de novembre, le gouvernement américain a tenu à assurer mardi que c'est "aux Etats-Unis que l'on trouve l'énergie la moins chère".
Le ministre de l'Energie Chris Wright a présenté le même jour l'expansion d'un projet de terminal d'export de gaz naturel liquéfié (GNL) qui apportera d'"immenses bénéfices aux Etats-Unis".
A.Edwards--MC-UK