Morning Chronicle - Retour timide des touristes au Porge, encore meurtri par le mégafeu

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Retour timide des touristes au Porge, encore meurtri par le mégafeu
Retour timide des touristes au Porge, encore meurtri par le mégafeu / Photo: ROMAIN PERROCHEAU - AFP

Retour timide des touristes au Porge, encore meurtri par le mégafeu

"Les fumées ont disparu mais la crise est toujours là", soupire Véronique Germain. Au Porge, où le mégafeu de Gironde a englouti près de 200 maisons, la réouverture samedi de son camping signe l'espoir du retour des touristes, pas encore au rendez-vous.

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"Il fait beau, l'océan est à 23°C, les vagues sont petites, toutes les conditions sont parfaites... et pourtant il n'y a personne", constate amèrement Pierre Vienne, directeur d'une école de surf au pied de la dune qui mène vers la grande plage du Porge.

Sur son cahier d'inscriptions aux cours, le mois d'août est une succession de pages blanches. Zéro élève inscrit vendredi, jour de réouverture de l'école, et un seul samedi. "Avec des moniteurs qui doivent bosser, même si ce n'est pas rentable."

"Cette année, la saison est morte", reconnaît du bout des lèvres cet enfant du Porge de 50 ans, au teint hâlé et boucles blondes.

L'immense incendie, qui a ravagé 42.000 hectares à partir du 22 juillet et entraîné l'évacuation de 220.000 personnes dans le département, a mis un coup d'arrêt brutal à la saison touristique durant deux semaines.

Le feu a été déclaré fixé le 1er août et deux jours plus tard, les habitants du Porge étaient autorisés à revenir chez eux, découvrant un paysage de désolation.

- "Ascenseur émotionnel" -

Julien Picot, patron de la brasserie L'Ajoncière au Porge-Océan, dit vivre un "ascenseur émotionnel" depuis deux semaines. Au-delà de son activité professionnelle qui s'est arrêtée du jour au lendemain, ses deux maisons familiales ont brûlé. Et il a passé ses jours et ses nuits à prêter main forte aux pompiers.

Derrière le comptoir, il encaisse les clients et prépare quelques cafés, mais le coeur n'y est pas. L'ouverture du restaurant depuis vendredi est accompagnée de tristesse et d'une fatigue extrême. Et l'affluence n'est pas celle d'un mois d'août classique.

"Les gens du coin sont là, ils ont à coeur de nous soutenir, ça fait chaud au coeur. Mais beaucoup de touristes d'autres régions ont préféré annuler leurs vacances ici. Certains pensent que Le Porge a été entièrement brûlé. Des applis GPS continuent à indiquer des routes fermées alors qu'elles ont rouvert depuis plusieurs jours", regrette ce restaurateur de 44 ans.

"Hier on a eu un bon jour, on ne sait pas si ça va suivre, la solidarité c'est bien un ou deux jours, mais est-ce que ça dure 20 jours ?", abonde Zackarie Rigabert, cuisinier de 25 ans à la Pizzeria des bois.

- "Ouverture en mode dégradé" -

Tous les commerçants et restaurateurs espèrent le retour franc des touristes au seul camping de la commune, car ils restent plus longtemps et constituent le coeur de leur chiffre d'affaires.

Bercé par la brise océane, le camping de La Grigne recevait samedi ses premiers vacanciers, qui côtoient des habitants logés dans les mobilhomes depuis qu'ils ont perdu leur maison.

Deux gros containers sont posés à l'entrée, pour permettre d'entreposer les affaires encore non récupérées des touristes ayant dû évacuer en urgence, et de libérer ainsi des emplacements.

La directrice, Véronique Germain, n'a pas encore eu le temps de chiffrer les pertes financières, "noyée par les coups de fils, les annulations et réservations de dernières minutes, les remboursements, etc..."

"C'est une ouverture en mode dégradé, on ne va pas faire une saison de dingue, c'est évident. Mais le camping est là, il n'a pas brûlé. J'essaie de voir le bon côté des choses sinon on ne s'en sort pas", relativise-t-elle.

A l'ombre de la pinède, Karine Buisson, une assistante commerciale bordelaise de 52 ans, a planté sa tente et confie avoir "lourdement insisté" pour revenir au Porge "comme tous les étés" et espère que "les gens ne vont pas lâcher la région".

Le mégafeu, le plus dévastateur depuis 1949, est considéré comme "maîtrisé" par les autorités, mais reste sous surveillance étroite. Samedi, la Gironde est repassée en vigilance rouge pour les risques de feux de forêt, le quatrième niveau sur une échelle de cinq, a annoncé la préfecture.

T.Fernsby--MC-UK