Adèle Van Reeth lâche les rênes de France Inter en pleins remous pour l'audiovisuel public
France Inter réorganise sa tête en pleins remous pour l'audiovisuel public et à 15 mois de la présidentielle : Adèle Van Reeth quittera début mars la direction de la première station du pays, où elle sera remplacée par Céline Pigalle, qui a dirigé plusieurs grandes rédactions.
Arrivée en 2022 à la tête de la première radio de France en audiences, Adèle Van Reeth, 43 ans, "a fait part de son souhait de retrouver l'antenne la saison prochaine" et "a accepté d'anticiper son départ", "à l'approche d'une saison 2026-2027 à très forts enjeux démocratiques", a écrit le groupe public Radio France dans un communiqué.
Ce bouleversement a lieu deux semaines après le départ du directeur de l'information de France Inter, Philippe Corbé, pour France Télévisions.
Deux mois plus tôt, les instances représentant les différents métiers de France Inter - journalistes, producteurs, techniciens - avaient fait part de leur malaise dans une lettre adressée à Mme Van Reeth et à la PDG de Radio France Sibyle Veil, déplorant "des choix opaques" de la direction, un "manque de clarté" de son projet ou sa "brutalité managériale".
Radio France a salué jeudi l'"excellent bilan" d'Adèle Van Reeth, normalienne et philosophe qui a permis à la station de consolider sa place de première radio de France avec plus de 7 millions d'auditeurs quotidiens. France Inter est aussi la première marque éditrice de podcasts ("Affaires sensibles", "Zoom Zoom Zen", "La Bande originale" etc...), selon Médiamétrie.
Pour la remplacer, le groupe a choisi Céline Pigalle, 54 ans, journaliste chevronnée qui a dirigé des rédactions à Europe 1, Canal +, I-Télé et BFM TV et qui était depuis avril 2023 à la tête du réseau des locales de Radio France, ICI (ex-France Bleu).
La réorganisation prévoit son remplacement à ICI par Laurent Guimier. Agnès Vahramian, qui a été grande reporter et qui dirige franceinfo, va aussi devenir directrice de l'information du groupe, un autre poste laissé vacant par Céline Pigalle.
- Motion de défiance -
Cette réorganisation intervient en pleins remous pour l'audiovisuel public, scruté depuis fin novembre par une commission d'enquête parlementaire sur son "financement" et sa "neutralité", où les auditions se tiennent souvent dans un climat électrique.
Cette commission a été créée à la demande de l'UDR, le parti d'Eric Ciotti allié au Rassemblement national (RN), dans la foulée de la polémique déclenchée par la diffusion d'une vidéo montrant les journalistes Thomas Legrand et Patrick Cohen au restaurant avec des responsables du PS. Face à eux, M. Legrand évoquait les stratégies de la gauche et lâchait, au sujet de la candidate de la droite parisienne, Rachida Dati, par ailleurs ministre de la Culture: "Nous on fait ce qu'il faut pour Dati, Patrick (Cohen) et moi".
L'annonce de Radio France est tombée en pleine audition par les députés de Mme Dati, qui a la tutelle sur l'audiovisuel public. Elle a déclaré qu'elle n'avait pas été informée par ces changements et n'a pas fait de commentaires.
Le mandat d'Adèle Van Reeth a été marqué par plusieurs épisodes tumultueux, de l'éviction de l'humoriste Guillaume Meurice qui avait qualifié fin 2023 le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu de "nazi sans prépuce", à l'arrivée en 2024 de l'éditorialiste Patrick Cohen pour remplacer le chef du service politique Yaël Goosz comme chroniqueur politique de la matinale. Ce changement lui avait valu une motion de défiance de la rédaction.
Après le départ de Guillaume Meurice et une vague de démissions de chroniqueurs en guise de solidarité, France Inter avait décidé de ne pas reconduire à la rentrée 2025 l'émission hebdomadaire "Le grand dimanche soir", animée par l'humoriste Charline Vanhoenacker.
La rentrée 2025 a elle été marquée par le départ de la journaliste Léa Salamé de la matinale, rendez-vous clé qu'elle animait avec Nicolas Demorand, pour le journal de France 2.
Mais c'est surtout l'affaire Legrand-Cohen qui a secoué la fin du mandat d'Adèle Van Reeth. Devant la commission d'enquête, où elle avait été entendue en décembre, le rapporteur UDR Charles Alloncle lui avait notamment demandé de s'expliquer sur son choix de qualifier France Inter de "radio progressiste" dans un entretien au Figaro en 2024.
Q.Young--MC-UK