Présidentielle en Colombie: victoire sur le fil du candidat pro-Trump
L'avocat antisystème soutenu par Donald Trump, Abelardo de la Espriella, a promis une "nouvelle ère" en Colombie après avoir remporté sur le fil dimanche la présidentielle, faisant basculer très à droite un pays frappé par la violence des groupes armés.
Avec sa victoire, la Colombie, premier producteur de cocaïne au monde, devient le dernier pays latino-américain en date à virer à droite, après l'Argentine, le Chili ou encore l'Equateur dont les dirigeants, alignés sur Washington, l'ont rapidement félicité.
Admirateur des présidents populistes du Salvador, Nayib Bukele, et d'Argentine, Javier Milei, Abelardo de la Espriella promet de faire construire des méga-prisons où les détenus seraient nourris "de pain et d'eau", de bombarder les camps de narcotrafiquants avec le soutien des Etats-Unis et d'Israël et de réduire de 40% l'appareil d’Etat.
Novice en politique, cet homme d'affaires millionnaire de 47 ans a battu avec 49,7% des voix, contre 48,7% le sénateur de gauche Ivan Cepeda, philosophe et défenseur des droits humains, qui a refusé d'admettre la défaite avant le dépouillement final, attendu dans plusieurs jours.
Allié du président sortant Gustavo Petro, M. Cepeda, 63 ans, était soutenu par les classes populaires reconnaissantes pour la réduction de la pauvreté et des salaires plus élevés sous le premier gouvernement de gauche de l'histoire de la Colombie, l'un des pays les plus inégalitaires au monde, plongé dans un conflit armé interne depuis plus de six décennies.
Derrière une votre blindée, Abelardo de la Espriella, qui prendra ses fonctions le 7 août, a célébré le début d'une "nouvelle ère" face à des milliers de partisans réunis à Barranquilla (nord).
Favorable à une opposition frontale aux groupes armés liés au narcotrafic, il a juré de poursuivre "sans relâche les bandits, dans le cadre de la Constitution et des lois de la République", et de gouverner pour "tous les Colombiens".
"Le Tigre", comme le surnomment ses supporters, promet la sécurité après une campagne marquée par des attentats à la bombe de la guérilla et l'assassinat d'un prétendant à la présidence.
- Célébrations et heurts -
Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a vanté sur X une future collaboration "en matière de sécurité" et pour "mettre fin à l'immigration clandestine vers les Etats-Unis", tandis que Donald Trump a publié sur son réseau Truth social une photo du président élu colombien, accompagnée du message: "il a gagné, et largement!".
Les partisans de l'excentrique avocat sont descendus dans les rues de plusieurs villes de Colombie pour laisser éclater leur joie, avec sur le dos le maillot jaune de l'équipe nationale de football qu'il avait adopté lors de la campagne.
A Cali (sud-ouest), troisième ville du pays, des manifestants mécontents ont au contraire brûlé des drapeaux américains et affronté la police antiémeute, ont constaté des journalistes de l'AFP.
Dans la capitale Bogota, des protestations ont aussi eu lieu.
"Je suis persuadée que nous avons besoin de quelqu'un qui se préoccupe de nous tous, et pas seulement de quelques-uns", a lancé Natalia, une étudiante de 26 ans. "Nous avons déjà eu pendant de nombreuses années des gouvernements de droite qui ne cherchaient qu'à enrichir les riches et à éliminer non pas la pauvreté, mais les pauvres".
- "Prospérité et sécurité" -
Le futur président est également un partisan de la fracturation hydraulique, un procédé d’extraction de gaz et de pétrole nocif pour l'environnement et qui constitue une ligne rouge pour de nombreux électeurs de gauche. "Ce type est contre la nature", a déclaré à l’AFP Andres Penuela, un employé de commerce de 21 ans. "Il n'apportera rien au pays".
Abelardo de la Espriella a connu une ascension fulgurante avec un discours virulent contre les guérillas et Gustavo Petro, que la Constitution empêchait de briguer un second mandat.
Sa victoire "trace une voie de prospérité et de sécurité pour le pays", a réagi Samuel Gomez, directeur de collège de 39 ans, à Barranquilla.
Ivan Cepeda défendait au contraire la poursuite de la stratégie du gouvernement Petro visant à négocier la paix avec les organisations criminelles (guérillas, paramilitaires, cartels) impliquées dans le narcotrafic, malgré de maigres résultats, et voulait approfondir les réformes sociales.
L'un de ses partisans, Santiago Galindo, employé de banque à Bogota, s'est dit "très nerveux" face à ce que pourrait entreprendre M. de la Espriella.
Selon les experts, ses promesses d'offensive militaire pourraient plonger le pays dans une nouvelle spirale de violence.
A.Wilson--MC-UK