Au salon du vélo Eurobike, l'IA pédale pour un secteur en recul
Dans les allées du salon du vélo de Francfort, des deux-roues observent, anticipent et alertent. Ici aussi, l'intelligence artificielle doit tout changer dans une industrie en quête de rebond.
Longtemps cantonnée aux voitures ou aux smartphones, cette technologie fait son entrée dans l'univers du vélo, en couvrant des domaines allant du moteur électrique à la sécurité jusqu'aux services.
Sur le stand d'Avinox, fabricant de moteurs pour vélos électriques, on retrouve l'ADN de la maison mère DJI, le spécialiste chinois des drones, transposé au vélo.
Le moteur exposé dans une vitrine du stand comprend des capteurs mesurant en permanence les mouvements du cycliste et l'état du terrain (montée, descente, sol glissant…), pour que l'IA adapte automatiquement l’assistance du moteur au pédalier.
Concrètement, il "comprend" quand il faut donner plus ou moins de puissance, pour rendre la conduite "plus facile et plus sûre sans avoir à y penser", explique Ferdinand Wolf, développeur à Avinox.
Chez l'allemand Canyon, on voit plus loin avec un prototype de vélo bardé de caméras et de radars promettant d'alerter le cycliste "en présence d'éléments qu'il ne perçoit pas forcément", explique Ben Hilldson, porte-parole de l'entreprise.
"Si une voiture est en train de se garer, le système peut anticiper l'ouverture d'une portière et prévenir le cycliste", promet-il. Même logique à une intersection, où un véhicule pourrait couper la trajectoire.
Le cycliste pourra être alerté via des signaux visuels sur le cadre, des vibrations dans le guidon ou encore via son casque.
La marque présente pour cela un casque doté d'une large visière capable d'afficher des alertes en temps réel ou de recevoir un signal sonore.
La technologie est prête, mais selon Ben Hilldson, le projet, en coopération avec le géant de l'automobile Volkswagen, ne pourrait être mis sur le marché que "dans environ trois ans".
Le principal frein reste encore le parc automobile , car la quasi‑totalité des véhicules en circulation n'est pas encore équipée d'un système pour échanger des données avec l'environnement.
L'intelligence artificielle promet aussi de révolutionner les services aux cyclistes.
Au sein de l'allemand Linexo, spécialisé dans l'assurance, "environ 90 % des dossiers seront traités de façon entièrement automatisée d'ici la fin de l'année", explique le responsable du secteur, Sören Hirsch.
L'automatisation traite les cas standard, tandis que les experts examinent les dossiers complexes et détectent les fraudes, "la seule façon de maintenir des tarifs d'assurance stables", ajoute-t-il.
La start-up Wunderfix propose quant à elle la réparation à distance reliant vendeurs, clients et magasins, via une application permettant aux cyclistes de diagnostiquer et, si possible, réparer eux‑mêmes leur vélo.
Quelques 3. 000 demandes de service ont déjà été enregistrées cette année, précise l'entreprise.
- marché en recul -
Cette montée en puissance technologique intervient dans un contexte difficile pour la filière.
Le marché européen du vélo a encore reculé en 2025, pour la troisième année d'affilée : le chiffre d'affaires a baissé de 3% à 17,4 milliards d'euros et les ventes de 4%, à 15,2 millions d'unités, selon une étude publiée mardi par EY-Parthenon.
Ce recul est en grande partie lié à l'Allemagne, qui reste de loin premier marché européen, mais où la tendance reste négative, avec 3,7 millions de vélos vendus (-4%) et un chiffre d'affaires en chute d'environ 8% l'an dernier, plombé surtout par le repli des vélos électriques.
La France pèse aussi dans cette contraction, avec un recul de 7% du chiffre d'affaires à 1,86 milliard d’euros.
"Après le boom pendant la pandémie de Covid‑19, le secteur traverse depuis 2023 une consolidation douloureuse : la baisse des ventes, des stocks élevés et une forte pression sur les prix ont fortement pesé sur de nombreux acteurs", commente Constantin Gall, expert de EY-Parthenon.
Le marché devrait toutefois se stabiliser cette année puis redécoller doucement, en tablant sur un chiffre d'affaires de 21,2 milliards d'euros en 2031, ce qui serait le retour au niveau record de 2022.
Un pilier de la croissance reposera précisément sur "des offres numériques et fondées sur les données", selon le cabinet, en plus d'investissements dans les infrastructures.
A.Atkinson--MC-UK